Entreprise managée par l’innovation : une démarche complexe qui doit être encadrée

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innovationDans un contexte économique sous tension, la concurrence de plus en plus forte oblige les décideurs à orienter le développement de leur entreprise vers des stratégies de différenciation en optant pour l’innovation.

D’ailleurs, les pouvoirs publics (cf. Le rapport Beylat-Tambourin « L’innovation : un enjeu pour la France » remis au gouvernement au printemps 2013) souhaitent faire de l’innovation un moteur de croissance et de compétitivité pour l’économie française et pour les entreprises de demain.

Mais concrètement comment mettre en place une culture de l’innovation au sein de l’entreprise et en faire un axe majeur en matière de développement de celle-ci ?

Visiblement, les théoriciens s’accordent pour dire que l’innovation peut être encadrée malgré l’incertitude et la complexité de la démarche. Instaurer une culture d’entreprise orientée innovation est primordial pour soutenir son action. En 1997, l’OCDE définit cette notion par “la mise en œuvre des techniques et dispositifs de gestion destinés à créer les conditions les plus favorables au développement d’innovation”.

Quelles réflexions mener ? Quels sont les acteurs ? Quels processus opérationnels et stratégiques faut-il mettre en place ?

Différentes étapes cruciales sont à aborder

Qu’elle émane le plus souvent de l’ambition et de la réflexion du dirigeant, mais aussi des équipes de R&D ou d’un comité d’innovation, le préalable à la stratégie d’innovation est d’auditer la situation de l’entreprise. La culture de l’innovation ne  se décrète pas et ne s’impose pas d’elle-même.

1 – Faire une analyse de la situation

– En interne, faire un bilan de votre organisation :

●      Votre fonctionnement favorise-t-il la collaboration, les échanges d’idées ?

●      Votre culture d’entreprise favorise-t-elle l’innovation ?

●      Le management en place encourage-t-il les initiatives participatives ?

●      Le partage des connaissances est-il facilité : “boites à idées”, système de suggestions, réseaux d’échanges, knowledge management etc… ?

●      Votre système d’information est-il efficace : gestion de données, gestion des sources d’information qualifiées, mise à jour des informations, identification des besoins, partage et mise à disposition etc… ?

●      Existe-t-il un système efficace de veille (marché, marketing, commerciale, concurrentielle, technique et technologique, juridique), voire d’intelligence économique pour alimenter les équipes de recherche ?

– Examiner les éléments externes :

●      Voir pourquoi, bien que vous ayez la technologie nécessaire, les innovations se produisent plutôt chez d’autres acteurs de votre écosystème

●      Qu’est-ce qui pousse vos concurrents à innover continuellement ?

●      Analyser votre approche du marché : est-elle proactive, offensive, défensive ?

●      Cartographier votre écosystème et les relais d’information efficients, vos partenaires

●      Analyser sur quels axes prioritaires vous souhaitez développer votre démarche d’innovation. celle -ci doit répondre à un besoin existant ou futur.

Cette première phase vous permet de mener une démarche d’analyse de type swot : Forces – Faiblesses – Opportunités – Menaces et ainsi formaliser votre approche d’innovation.

2 – Penser votre démarche d’innovation

●      Construire votre propre définition de l’innovation pour votre entreprise et la communiquer en interne

●      Construire votre communauté créative : Identifier les leaders et managers, identifier les ressources nécessaires en interne, recruter si nécessaire. En d’autres termes, créer votre réseau d’innovation

●      Organiser la motivation et l’animation des collaborateurs,

●      Mettre en place les vecteurs de reconnaissance des collaborateurs

●      Mettre en place les circuits décisionnels pour valider et mettre en œuvre les nouvelles idées

●      Définir les indicateurs de performance et de suivi, les indicateurs ROI

Une démarche d’innovation ne saurait être mise en place sans l’adhésion des managers et des collaborateurs. Il est nécessaire de gagner cette adhésion, et les RH sont des acteurs clés dans la conduite de cette stratégie.

Le rôle des RH dans une démarche d’innovation

La fonction Ressource Humaine a un rôle essentiel à jouer dans la culture de l’innovation et dans la conduite du changement induite par le management par l’innovation.

Elle se place en amont du processus par sa capacité :

●      à favoriser cette culture et à mobiliser les collaborateurs,

●      à déceler et à intégrer les talents de demain,

●      à repérer parmi les collaborateurs les leaders capables de manager l’innovation participative etc…

●      à fournir les conditions propices au développement d’une culture de l’innovation au sein de l’entreprise en formalisant la communication interne par exemple,

●      à accompagner les managers : car il y a une profonde remise en question du pouvoir et de la hiérarchie étant donné que l’information doit être partagée,

●      à organiser une proximité entre les managers et les collaborateurs,

●      à anticiper les compétences nécessaires : profils de connecteurs, profils d’animateurs de réseaux,  et les intégrer aux équipes en place,

●      à mettre en place les actions de formation des managers à la direction de ce type de projets participatifs,

●      à capter l’apparition des compétences inexploitées lors des projets d’innovation et les intégrer à la nomenclature des métiers de l’entreprise.

Ainsi, il s’agit en résumé de mettre en place les conditions permettant la collaboration au sein de l’entreprise dans une démarche d’innovation participative, laquelle permettant aux collaborateurs de prendre une plus grande part dans le processus créatif de l’entreprise.

Empowerment et intrapreneurship : le salarié acteur du changement

Bon nombre d’entreprises sont désormais convaincues par la nécessité de gagner en agilité face à la crise. L’innovation participative est un des relais de différentiation dont dispose les organisations. Dans ce contexte empowerment, intrapreneurship, termes liés à une démarche d’action et de changement sont en plein essor actuellement dans le monde de l’entreprise.
De quoi s’agit-il exactement ? Pour l’un, il s’agit de « concéder » du pouvoir au collaborateur afin qu’il donne pleine mesure de sa capacité d’innovation et de sa créativité, pour le second terme il s’agit de permettre aux salariés d’entreprendre au sein de l’entreprise et gérer des projets et ce, pour une efficacité accrue de l’entreprise.

En ce sens, le salarié peut devenir acteur du changement dans l’entreprise en prenant part à la transformation et au fonctionnement de l’entreprise. Donner plus d’autonomie au salarié pour qu’il développe des idées sur son temps de travail voilà le slogan de l’innovation participative à travers l’empowerment et l’intrapreneurship. Mais cela peut paraître de la rhétorique car ceci n’est possible que si un management adéquat est mis en place de même que des processus opérationnels et stratégiques.

Le management de l’innovation : processus opérationnels et processus stratégiques

Adopter une orientation de croissance  par l’innovation nécessite, comme nous l’avons vu, une réflexion en amont de la part du dirigeant afin de définir une stratégie claire et d’adapter l’organisation de l’entreprise.

Rappelons qu’il est nécessaire de  faciliter la démarche d’innovation et d’adopter une culture d’innovation. La direction doit en être le moteur, et tous les services de l’entreprise doivent être impliqués.

En ce sens, le management de l’innovation, après la phase de réflexion décrite précédemment, passe par la mise en place de processus opérationnels et de processus stratégiques.

Mettre en place les processus opérationnels :

●      Adopter un fonctionnement en mode projet car “l’innovation peut aussi naître dans des bulles de créativité libres”,

●      Favoriser le dialogue entre les représentants des disciplines, métiers et compétences de l’entreprise,

●      Intégrer le management de projet et former les managers et collaborateurs à la gestion et conduite de projets innovants

Mettre en place les processus stratégiques :

●      Identifier les axes d’innovation pour l’entreprise en fonction de son environnement économique et concurrentiel, pour cela mettre en place une démarche de veille ou pour les projets ambitieux, une démarche complète d’intelligence économique,

●      Mettre en place le process de décision des projets à développer,

●      Mettre en place un système d’incitation aux projets (concours, défis etc…),

●      Mettre en place un système d’information et de knowledge management au sein de l’entreprise,

●      Définir les moyens de financement,

●      Influencer son écosystème,

●      Veiller à la protection du patrimoine technologique : brevets, propriété intellectuelle et industrielle.

Ainsi, une démarche d’innovation ne consiste plus uniquement à développer la R&D et les investissements qui l’accompagnent. C’est une posture qui nécessite de revoir l’organisation de l’entreprise, crée des ruptures et met en œuvre la diversité des savoirs. Au sein même de l’entreprise il y a des approches différentes de l’innovation : invention pour certains, créativité pour d’autres, mais aussi un moyen d’être compétitif et de conquérir de nouveaux marchés.

L’innovation est une démarche complexe qui se manage et tout l’enjeu aujourd’hui est de savoir et de pouvoir mettre en place les conditions de la conduite de l’entreprise par l’innovation. Il s’agit également de préciser la part de l’intuitif, de l’humain, du hasard, de définir une tolérance à la prise de risque, à l’échec, de déterminer un juste équilibre entre exploration et exploitation.
C’est un modèle qui soulève des questions notamment en ce qui concerne ses limites, la mise sous tension permanente de l’entreprise et des collaborateurs dans un contexte constant d’innovation.

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